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Dysbiose cæcale chez le lapin

  • Photo du rédacteur: Clapier Des Lucioles
    Clapier Des Lucioles
  • 8 mars
  • 4 min de lecture

Chez le lapin domestique, les problèmes digestifs sont parmi les causes les plus fréquentes de consultations vétérinaires et de mortalité. Pourtant, certains troubles digestifs restent mal compris par les propriétaires. C’est le cas de la dysbiose cæcale, un déséquilibre de la flore intestinale qui peut provoquer des selles molles ou pâteuses, même chez des lapins qui mangent bien et semblent en bonne santé.


Comprendre ce phénomène nécessite d’abord de comprendre le fonctionnement particulier du système digestif du lapin.





Le rôle essentiel du cæcum dans la digestion



Le lapin est un herbivore monogastrique à fermentation postérieure, ce qui signifie que la fermentation des aliments se fait principalement dans une partie spécifique de son intestin appelée cæcum. Cet organe agit comme une grande chambre de fermentation où vivent des milliards de bactéries spécialisées dans la digestion des fibres végétales.


Selon le Merck Veterinary Manual, le cæcum du lapin peut contenir jusqu’à 40 % du contenu total du tube digestif et joue un rôle central dans la digestion et l’absorption de nutriments (Merck Veterinary Manual, 2023).


Ces bactéries produisent notamment des acides gras volatils, une source importante d’énergie pour le lapin (Jenkins, 2009).





Les cæcotrophes : un mécanisme digestif unique



Une particularité bien connue des lapins est la production de cæcotrophes (souvent appelés « crottes molles »). Contrairement aux crottes dures que l’on retrouve dans la cage, les cæcotrophes sont normalement consommés directement par le lapin à l’anus.


Ce comportement, appelé cæcotrophie, permet au lapin de récupérer des nutriments essentiels produits par les bactéries intestinales, notamment :


  • des protéines microbiennes

  • des vitamines du groupe B

  • des acides gras volatils.



Ce processus est essentiel au bon fonctionnement du métabolisme du lapin (Oglesbee, 2020).





Qu’est-ce que la dysbiose cæcale ?



La dysbiose cæcale correspond à un déséquilibre du microbiote intestinal, c’est-à-dire des bactéries présentes dans le cæcum.


Lorsque cet équilibre est perturbé, la fermentation digestive change. Les cæcotrophes deviennent alors anormaux : ils peuvent être trop mous, trop abondants ou collants. Le lapin ne les consomme plus correctement et ils s’accumulent dans la cage ou dans le pelage autour de l’anus.


Selon Meredith (2017), ce type de déséquilibre peut modifier la composition bactérienne du cæcum et altérer la production normale de cæcotrophes.





Les signes les plus fréquents



La dysbiose cæcale se manifeste généralement par :


  • des selles molles ou pâteuses

  • des amas de matière collante dans la cage

  • un arrière-train souillé

  • une odeur fécale plus forte



Un élément important est que les lapins atteints continuent souvent de produire des crottes normales bien formées en même temps. Ce mélange de crottes normales et de matière pâteuse est un signe typique de dysbiose cæcale (Lafeber Veterinary Resources, 2022).


Contrairement à une véritable diarrhée, ces lapins peuvent continuer à :


  • manger normalement

  • conserver un bon poids

  • rester actifs.






Pourquoi la flore cæcale se déséquilibre



Plusieurs facteurs peuvent perturber l’équilibre bactérien du cæcum.



Une alimentation trop riche



Les régimes riches en glucides ou en énergie peuvent favoriser la prolifération de bactéries indésirables dans l’intestin. Des études sur la microbiote intestinale du lapin ont montré que les variations alimentaires peuvent modifier rapidement la composition bactérienne du cæcum (Wang et al., 2022).



Un apport insuffisant en fibres



Les fibres jouent un rôle essentiel dans la motilité digestive et la stabilité du microbiote intestinal. Une alimentation pauvre en fibres peut ralentir le transit et favoriser les déséquilibres digestifs (Merck Veterinary Manual, 2023).



Le stress ou la douleur



Le stress, certaines maladies ou la douleur peuvent ralentir le transit intestinal, ce qui favorise la prolifération de bactéries opportunistes (Jenkins, 2009).



Les antibiotiques



Certains antibiotiques peuvent perturber profondément la flore intestinale du lapin et provoquer des troubles digestifs importants.





Pourquoi certains lapins sont plus sensibles que d’autres



Dans un même élevage ou dans une même maison, il est fréquent d’observer que certains lapins développent régulièrement des cæcotrophes mous alors que les autres n’ont aucun problème, même avec une alimentation identique.


La composition du microbiote intestinal peut varier fortement d’un individu à l’autre. Des recherches récentes ont montré que la diversité bactérienne du cæcum peut différer considérablement entre individus, ce qui pourrait expliquer pourquoi certains lapins sont plus sensibles aux déséquilibres digestifs (Abdel-Kafy et al., 2023).





Dysbiose cæcale ou diarrhée ?



Il est important de distinguer ces deux situations.


Dans la dysbiose cæcale :


  • des crottes normales sont présentes

  • les selles molles sont souvent collantes ou pâteuses

  • le lapin reste généralement en bon état.



Dans une véritable diarrhée :


  • les selles deviennent liquides

  • l’animal peut rapidement se déshydrater

  • l’état général se détériore souvent.



Cette distinction est importante, car les causes et les risques ne sont pas les mêmes.





Conclusion



La dysbiose cæcale est un trouble digestif fréquent chez le lapin domestique. Elle résulte d’un déséquilibre de la flore bactérienne du cæcum et se manifeste généralement par la production de cæcotrophes mous ou anormaux.


Bien que ce problème puisse être impressionnant pour les propriétaires, il ne s’agit pas toujours d’une maladie grave. Cependant, comprendre le fonctionnement du système digestif du lapin et les facteurs qui influencent son microbiote intestinal est essentiel pour maintenir une bonne santé digestive.





Références



Abdel-Kafy, E. et al. (2023). Cecal microbiota variation in rabbits. Animals.


Jenkins, J. (2009). Gastrointestinal diseases in rabbits. Veterinary Clinics of North America: Exotic Animal Practice.


Merck Veterinary Manual (2023). Noninfectious diseases of rabbits.


Meredith, A. (2017). Impact of diet on caecotroph production in rabbits.


Oglesbee, B. (2020). Rabbit gastrointestinal disease.


Wang, J. et al. (2022). Intestinal microbiota changes in rabbits. Frontiers in Microbiology



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