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Soins aux lapereaux orphelins: biberon, lait et erreurs fréquentes

  • Photo du rédacteur: Clapier Des Lucioles
    Clapier Des Lucioles
  • 8 mars
  • 5 min de lecture

La perte d’une mère ou l’impossibilité pour une lapine d’allaiter peut rapidement transformer une portée normale en situation d’urgence. Mammite, mortalité de la mère, abandon du nid ou accident font parfois en sorte que les lapereaux doivent être élevés artificiellement. Dans ces cas, l’élevage au biberon devient une solution de dernier recours. Même lorsque les soins sont bien faits, le taux de survie reste souvent plus faible que lorsque les lapereaux sont élevés par leur mère, car le lait de lapine et les soins maternels sont difficiles à reproduire artificiellement.


Cet article vise à donner une vue d’ensemble complète afin d’aider les personnes qui se retrouvent dans cette situation à prendre des décisions éclairées et à maximiser les chances de survie des lapereaux.





Comprendre le lait de lapine



La première chose à comprendre est que le lait de lapine est très différent du lait des autres espèces domestiques. Contrairement à la plupart des mammifères, la lapine allaite généralement une à deux fois par jour seulement, mais son lait est extrêmement concentré.


Selon Lebas et al. dans The Rabbit: Husbandry, Health and Production (FAO), le lait de lapine contient environ 12 à 14 % de matières grasses et 10 à 12 % de protéines, ce qui en fait un lait très énergétique. Cette richesse permet aux lapereaux de recevoir une grande quantité de calories en peu de temps.


À titre de comparaison, le lait de vache contient environ 3 à 4 % de matières grasses et celui des chatons environ 10 %. Aucun substitut commercial ne reproduit parfaitement la composition du lait de lapine, ce qui explique pourquoi l’élevage artificiel reste toujours plus risqué.





Quel lait utiliser pour nourrir les lapereaux



Dans la pratique, le substitut le plus utilisé est le lait de remplacement pour chatons (KMR – Kitten Milk Replacer). Il est largement utilisé parce qu’il est facile à trouver et relativement digestible.


Selon le manuel vétérinaire Ferrets, Rabbits and Rodents: Clinical Medicine and Surgery (Quesenberry & Carpenter), ce type de lait peut être utilisé pour nourrir des lapereaux orphelins, mais il reste une approximation imparfaite du lait maternel.


Certains éleveurs et vétérinaires ont observé que l’utilisation prolongée de KMR comme seule source nutritionnelle peut parfois être associée à :


  • un retard de croissance

  • des troubles digestifs

  • un déséquilibre nutritionnel



Dans certains cas, une alimentation inadéquate peut contribuer à des complications métaboliques graves chez les très jeunes lapereaux. Ces situations sont toutefois généralement multifactorielles, impliquant aussi la déshydratation, le stress, l’absence de microbiote normal ou des infections opportunistes.


Le KMR n’est donc pas toxique en soi, mais il ne reproduit pas parfaitement la composition du lait de lapine.





Comment nourrir un lapereau au biberon



La technique de nourrissage est essentielle, car les lapereaux peuvent facilement aspirer du lait dans leurs poumons.


Quelques principes importants :


Le lapereau doit toujours être nourri dans une position naturelle, ventre vers le sol, jamais sur le dos comme un bébé humain. Une petite seringue de 1 ml ou 3 ml est souvent plus sécuritaire qu’un biberon, car elle permet de contrôler la vitesse du lait.


Le lait doit être tiède, environ 38 à 39 °C, soit proche de la température corporelle.


Il faut donner le lait très lentement, en laissant le lapereau avaler à son rythme. S’il y a du lait qui sort par le nez, il faut arrêter immédiatement, car cela signifie qu’il y a un risque de pneumonie d’aspiration.





Fréquence des repas



Les lapereaux nourris par leur mère tètent généralement seulement une ou deux fois par jour, mais les substituts de lait étant moins concentrés, il est souvent préférable de nourrir légèrement plus souvent.


Guide général :


0 à 7 jours : 2 à 3 repas par jour

1 à 2 semaines : 2 repas par jour

2 à 3 semaines : 1 à 2 repas par jour

3 à 4 semaines : transition progressive vers les aliments solides


Après un repas, le ventre doit être arrondi mais souple. Un ventre très tendu ou gonflé peut indiquer un problème digestif.





Stimuler l’élimination



Les très jeunes lapereaux ne peuvent pas uriner ou déféquer seuls. Normalement, la mère stimule cette fonction en léchant la région anogénitale.


Sans la mère, il faut reproduire ce comportement :


  • utiliser un coton ou un linge humide tiède

  • frotter doucement la région génitale

  • continuer jusqu’à ce que le lapereau urine ou défèque



Cette stimulation est généralement nécessaire durant les 10 premiers jours de vie.





Introduction des aliments solides



Les lapereaux commencent très tôt à s’intéresser à la nourriture solide. Vers l’âge de 2 semaines, ils peuvent déjà commencer à grignoter du foin et des granulés.


Cette étape est importante pour le développement du système digestif. Le lapin possède une digestion fortement dépendante de la fermentation dans le cæcum.


Selon Harcourt-Brown dans Textbook of Rabbit Medicine, les lapereaux élevés artificiellement présentent un risque plus élevé de dysbiose digestive, car ils reçoivent moins de bactéries bénéfiques normalement transmises par leur mère.


Le foin doit donc être disponible le plus tôt possible.





Les erreurs les plus fréquentes lors du biberonnage



Certaines erreurs sont très fréquentes chez les personnes qui tentent de sauver des lapereaux orphelins.



Donner du lait de vache



C’est probablement l’erreur la plus courante. Le lait de vache est beaucoup trop pauvre en énergie et difficile à digérer pour les lapereaux. Il peut rapidement provoquer des diarrhées sévères.



Nourrir le lapereau sur le dos



Cette position augmente énormément le risque de pneumonie d’aspiration, une cause fréquente de mortalité.



Donner trop de lait



Un estomac trop rempli peut provoquer des troubles digestifs et favoriser les fermentations anormales dans l’intestin.



Donner le lait trop froid



Un lait trop froid ralentit la digestion et peut entraîner des troubles digestifs.



Ne pas stimuler l’urination



Sans stimulation, l’urine peut s’accumuler dans la vessie et provoquer des complications.



Environnement trop froid



Les lapereaux ne régulent pas bien leur température corporelle. Une hypothermie peut rapidement devenir fatale.





Autres facteurs importants pour la survie



Les lapereaux doivent être maintenus dans un environnement chaud et calme. La température idéale du nid se situe généralement autour de 30 à 32 °C durant les premiers jours, puis peut diminuer progressivement.


Une bonne hygiène est également essentielle. Les biberons, seringues et contenants doivent être nettoyés soigneusement afin de limiter la croissance bactérienne.


Enfin, il est important de peser les lapereaux régulièrement. Une prise de poids constante est l’un des meilleurs indicateurs que l’alimentation fonctionne.





Conclusion



L’élevage de lapereaux orphelins reste un défi, même pour des éleveurs expérimentés. Le lait de lapine est extrêmement spécifique et aucun substitut ne peut parfaitement reproduire sa composition. Le succès repose donc sur une combinaison de facteurs : un choix de lait adapté, une technique de nourrissage prudente, une hygiène rigoureuse et une introduction précoce du foin et des aliments solides.


Même avec des soins attentifs, certaines pertes peuvent malheureusement survenir. Cela reflète simplement la difficulté biologique de remplacer les soins maternels chez le lapin.





Sources



Lebas F., Coudert P., Rouvier R., Rochambeau H.

The Rabbit: Husbandry, Health and Production. FAO Animal Production and Health Series.


Quesenberry K., Carpenter J.

Ferrets, Rabbits and Rodents: Clinical Medicine and Surgery.


Harcourt-Brown F.

Textbook of Rabbit Medicine.




 
 
 

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